Loin de mes petits-enfants

Loin de mes petits-enfants - Anna Muller

Dans un livre que je possédais sur le miel, j’avais appris que ses vertus étaient très nombreuses, et qu’elles variaient en fonction de la fleur butinée. J’avais eu du miel de thym par des amis, et j’avais constaté que ses propriétés contre les toux étaient réelles. Pendant une grippe assez forte, j’avais combiné le traitement que je suivais avec une cuillerée de miel, le matin, à jeun, et le soir, avant d’aller me coucher. Du jour où je commençais cette cure, mon état s’était grandement amélioré. J’avais recommandé à ma fille, l’emploi du miel pour guérir plus rapidement ses enfants lors des inévitables refroidissements qui les rendaient malades. Je lui avais envoyé un lien vers un article publié dans un grand quotidien. Je reçus sa réponse quelques heures plus tard. Elle me prévenait, par la même occasion, de sa visite. Elle avait un rendez-vous pour un soin de juvederm Montreal, et elle comptait passer me voir.

Depuis que je vis seul, j’ai choisi d’habiter un appartement au centre-ville, avec tous les commerces près de chez moi. J’avais aimé la vie à la campagne, quand j’étais plus jeune, mais mon âge avancé m’astreignait physiquement, et je ne pouvais plus me déplacer sur de grandes distances avec mon automobile. De plus, cette vie en ville était agréable, car j’ai quelques amis qui habitaient dans un quartier proche du mien, j’aime sortir dans des musées pour voir des expositions, ou encore, me promener dans les rues de la ville pour découvrir l’architecture des bâtiments, j’apprécie de prendre un café, le matin, dans un petit restaurant du coin, et de lire le journal en même temps. Ces changements avaient été très positifs, et je ne regrettais pas mon choix, sauf pour une seule chose : je ne pouvais pas voir mes enfants et mes petits-enfants aussi souvent qu’avant.

Mon fils et ma fille avaient des emplois qui les obligeaient à rester dans la ville où je les avais élevés. Ils étaient devenus parents, et j’adore mes petits-enfants. De temps en temps, je les reçois, mais mon appartement n’est pas grand. Je ne peux les accueillir qu’un seul à la fois. J’avais réservé une table dans un bon restaurant que je voulais que ma fille découvre, et nous nous sommes retrouvés vers dix-neuf heures, devant un foie gras truffé. Ma fille m’annonça d’emblée qu’elle déménageait. Avec son mari, ils viendraient en ville, et ils avaient déjà prospecté pour trouver une maison dans une rue près de chez moi.